Magasin Général, T7 : Charleston - Régis Loisel & Jean-Louis Tripp

Publié le par BlogBrother

magasingeneral7.jpg


Titre : Magasin Général, T7 : Charleston
Scénaristes : Régis Loisel & Jean-Louis Tripp
Dessinateurs : Régis Loisel & Jean-Louis Tripp
Parution : Novembre 2011


« Magasin général » est né il y a six ans. Cette série se compose à l’heure actuelle de sept albums dont le dernier s’intitule « Charleston » et est paru il y a presque six mois aux éditions Casterman. Cet ouvrage est de bonne qualité et se compose d’environ quatre-vingt-pages. Son prix avoisine les quinze euros. La couverture nous présente deux jeunes personnes en train de danser de la rue ce qu’on peut supposer être le charleston. Au premier rang, un ourson, un chat, un canard et un chiot semblent intrigués par le phonographe qui doit cracher la musique entrainante. Au fond, trois vieilles femmes apparaissent outrées par cette musique et cette danse de sauvage. Cette saga est l’œuvre conjointe de Régis Loisel et de Jean-Louis Tripp. Ils se partagent le scénario et les dessins. Le premier d’entre eux ne me laisse pas indifférent depuis que j’ai découvert « La quête de l’oiseau du temps » ou « Peter Pan ».

L’extrait proposé par la quatrième de couverture est le suivant : « Ben, pourquoi c’est faire qu’un coureur des bois qui a eu toute sa vie une barbe d’un demi-pied de long, décide tout d’un coup de se la couper ? ! … - ça s’pourrait-tu que ça soit juste pour se mettre beau ? … - Ben voyons ! – S’mettre beau, pour qui ? Toujours ben pas pour Marie ! »

Je vais décrire le contexte de la série pour ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de de se plonger dans cette histoire. L’intrigue se construit dans un petit village québécois au milieu des années vingt. Ce petit coin éloigné de tout se nomme Notre-Dame-des-Lacs. Au fur et à mesure des tomes, on découvre toute cette communauté qui vit quasiment en autarcie. L’essentiel tourne autour du personnage de Marie. On la rencontre jeune veuve en train de se tuer à la tâche pour satisfaire tout le monde en tenant son magasin général. Mais un beau jour, arrive Serge qui lui redonne goût à la vie et lui fait à nouveau se sentir femme. Mais tout n’est pas si simple. Ce dernier n’est pas sensible aux charmes des dames et Marie en désespoir goutte aux plaisirs de la chair avec un jeune du village. Une fois l’événement mis dans la lumière, notre héroïne décide de fuir à Montréal pour se reconstruire. Le dernier tome marquait le retour de Marie, transformée. Comment Notre-Dame-des-Lacs allait-il accepter cette femme qui a découvert les charmes de la ville ? 

Mon rapide résumé se construit autour du personnage de Marie du fait de son caractère central dans la trame générale. Néanmoins, « Magasin général » nous offre une grande galerie de personnages. Les auteurs utilisent le côté refermé de cette communauté pour développer de manière précise et approfondie chacun des habitants. Cela a pour conséquence de nous faire ressentir de la sympathie, de l’empathie, de la compassion, de la compassion ou de l’énervement. Chaque tome nous amenait de nouveaux personnages et générait ainsi de nouveaux équilibres sociaux qui attisaient notre curiosité. Dans ce septième tome, je trouve qu’une routine s’installe. Les réactions sont plus prévisibles. On anticipe les problèmes et les remarques. On a toujours plaisir à retrouver notre petit monde mais on a plus la passion des débuts. Le passage de Marie à Montréal crée de l’animation dans les rues de Notre-Dame. C’est légitime. Mais je trouve dommage que « Charleston » se contente de nous faire un exposé de l’arrivée de la modernité chez les ploucs. La narration se dilue un petit peu. Je trouve qu’au niveau de l’intensité, le ton est plus monocorde. Il me semble que les premiers tomes offraient une fréquence événementielle à plus forte amplitude. Cette chronique sociale est devenue plus pantouflarde. C’est peut-être la conséquence logique du fait que les lieux et les personnages nous surprennent moins mais je regrette un petit peu de ne plus retrouver le peps des premières rencontres.

Alors que le scénario s’embourgeoise un petit peu, les dessins gardent leur constance dans la qualité. Le style créé par le travail commun de Loisel et Tripp offre à cette série une âme graphique assez unique. Que ce soit les personnages ou des décors, tout est minutieux et remarquable. Chaque planche est un petit chef d’œuvre qui ravit le lecteur. Chaque case est un vrai plaisir pour les yeux. Les personnages dégagent tous une vraie personnalité. Leurs expressions et leurs sentiments sont traduites avec subtilité. De plus, les auteurs arrivent à faire exister le village de Notre-Dame-des-Lacs. On a l’impression réelle d’errer dans les rues de ce hameau, allant d’une maison à l’autre. Les ballades forestières sont également dépaysantes. Enfin, le travail sur les couleurs finalement relativement pastelles amène la touche finale à l’atmosphère qui se dégage des différentes pages. 

En conclusion, « Charleston » reste un ouvrage de qualité. La lecture reste agréable et le voyage dans ce petit village d’un autre temps immédiat. Néanmoins, je trouve que l’attrait du devenir des personnages m’a laissé davantage indifférent que lors de mes lectures précédentes. Je pense que le fonctionnement narratif en vase clos possède ce risque. Comme chaque album de la série, la dernière page nous offre un rebondissement amené à attiser notre curiosité. Celui offert par ce septième tome était finalement assez prévisible. Arrivera-t-il à relancer l’attrait de cette histoire à mes yeux ? Pour cela il faudra attendre la parution du prochain opus. Mais cela est une autre histoire…

par Eric the Tiger

Note : 12/20

Publié dans Chronique sociale

Commenter cet article