Weëna, T8 : Affrontement - Eric Corbeyran & Alice Picard

Publié le par BlogBrother

weena8.jpg


Titre : Weëna, T8 : Affrontement
Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinatrice : Alice Picard
Parution : Février 2012


« Affrontement » est le huitième et dernier tome de « Weëna ». Paru il y a quelques mois, il clôt cette saga née il y a une dizaine d’année. Cet album de format classique est édité chez Delcourt et coûte environ quatorze euros. La couverture est centrée sur l’héroïne en tenue différente de l’habitude et avec une coupe de cheveux qu’on ne lui connaissait pas. Elle semble être sur le toit de la cité. Un ravissant coucher de soleil accompagne cette illustration. Comme dans les opus précédents, le scénario est l’œuvre d’Eric Corbeyran, célèbre pour « Le chant des stryges » ou « Uchronies ». Le dessin est toujours le fruit du travail d’Alice Picard.

La quatrième de couverture nous présente le résumé suivant : « C’est dans un bain de sang que le jour se lève sur Nym-Bruyn. Massacrés par le monstre issu des relations incestueuses des derniers héritiers de la Branche Morte, les souverains laissent derrière eux un trône vacant. Le prince Armskoor en serait l’héritier naturel mais sa dépendance au fluide bleu de la source sacrée réduit ses capacités à défendre ses droits. Cette vacance du pouvoir excite les appétits les plus fourbes. Si seulement les signes de la grande toile étaient plus explicites, Weëna aurait la force de les contrer… »

Le fait que cet album marque la fin d’une grande et longue histoire génère un attrait particulier à son égard. En effet, on est vraiment curieux de savoir où tout cela nous mène. Une grande toile s’étend depuis la lecture du premier tome et on est impatient de connaitre enfin l’œuvre dans sa totalité. Les derniers opus avaient offert une dimension politique à l’intrigue. La première partie de la saga avait tendance à s’intéresser uniquement aux devenirs de ses personnages. La deuxième moitié de la saga intégrait leurs destins dans un avenir qui les dépassait. C’est donc la grande Histoire et les petites histoires qui doivent trouver leur conclusion. 

Le septième album se refermait avec le meurtre du couple dirigeant. L’empire se trouve sans personne à sa tête. Comme souvent dans ses moments-là, les appétits de pouvoir naissent. Nombreux sont ceux à se juger légitime à prendre leur place sur le trône. Et beaucoup sont prêts à tout pour arriver à leurs fins. Le fait que bon nombre de personnages se trouvent liés à cette lutte offre une trame dense. Néanmoins, cette densité se trouve accompagné d’un aspect brouillon dans la narration. Les retournements de situation dans cette quête sont trop fréquents et trop proches pour apparaitre crédible. Cela fait que notre curiosité a tendance à être parasité par cet excès d’information. On n’a pas le temps de digérer un événement qu’il faut en ingurgiter un autre. Cela donne un côté un petit peu indigeste une fois que la grande machinerie est lancée. C’est dommage.

Cette densité va de pair avec une évolution parfois trop rapide de ses personnages. Weëna erre à travers le monde depuis sept tomes. Très ponctuellement, on devine qu’elle possède quelques pouvoirs dont on ne connait pas réellement la nature. D’ailleurs elle non plus n’en possède pas vraiment la connaissance et la maitrise. Dans ce huitième, tout d’un coup, elle devient digne des plus grands héros en arrivant à détruire la pire des créatures. Ce changement manque un petit peu de transition à mes yeux. Je trouve que le scénario manque un petit peu de subtilité à ce niveau-là. Cela fait d’ailleurs perdre de la crédibilité à l’ensemble. Cela empêche au dénouement de l’intrigue de posséder une réelle dimension dramatique. 

Du côté des dessins, Alice Picard fait curieusement évoluer son trait. Alors que les sept premiers tomes possédaient globalement une unité graphique, ce dernier opus marque une certaine rupture. Certains personnages voient leurs traits changer. C’est un petit peu perturbant au début mais on s’y fait avec le temps. Cela ne m’empêche pas de m’interroger pourquoi un tel changement au dernier moment ? Alors que le scénario apparait dense, les pages apparaissent plus allégées. Les dessins semblent plus épurés et les cases plus grandes offrent une lecture plus aérée. Ce n’est pas désagréable. Par contre, il est difficile à la dessinatrice de développer une atmosphère de lecture tant la grande fréquence des événements laissent peu de place au repos et aux digressions.

En conclusion, « Affrontement » conclut de manière honnête cette série. A défaut de nous offrir des surprises ou de l’émotion, on découvrir une fin classique mais plutôt solide. Je regrette un petit peu le côté parfois décousu de cette issue mais il est bien dur de satisfaire le lecteur quand il s’agit de terminer une histoire. De manière plus globale, « Weëna » est une série sérieuse qui se lit avec plaisir. Elle ne marquera pas l’histoire du neuvième art mais arrive à offrir tout au long des huit albums une qualité constante. Et ce n’est pas rien car rare sont les séries de fantasy à remplir cet aspect du cahier des charges… 

par Eric the Tiger
Note : 11/20

 

Publié dans Fantasy

Commenter cet article